«Soyez les bienvenus» ! Ces quelques mots d'accueil, prononcés par Myriam Martel, ne perdent rien de leur substance lorsque l'on franchit la porte de son atelier au 24, rue Saint-Antoine, à Guebwiller. Un atelier plein de lumière où l'artiste se meut avec légèreté, où chaque objet, chaque outil, chaque pinceau tient sa place.
Discrète, Myriam Martel ne parle pas de ses expositions passées, de ses recherches, de ses autres passions. Elle se consacre à son art avec patience, ténacité, toujours en quête du beau, de l'équilibre, de l'universel.
Loin d'elle l'idée de production artistique. «Le travail que je fais demande du temps, un temps de réflexion qui permet de faire un cheminement intérieur, intime, qui m'est nécessaire pour créer», dit-elle.
Myriam Martel peint des huiles, toujours avec le même pinceau... à colle chinois. Elle travaille différentes matières, la terre, le bois, le métal. Elle sculpte, crée des lampes-objets dont la fonction n'est pas d'éclairer mais d'offrir une présence lumineuse. Triptyques, livres de prières universelles inspirés des drapeaux de prières tibétains, tableaux abstraits ou quasi figuratifs sont autant de facettes de son art.
Ses étonnantes réalisations sur de grandes plaques d'acier oxydées aux eaux de pluie sont fascinantes, tout comme les explications données par l'artiste au sujet des longues et patientes étapes de la création et du fort sentiment de plénitude qu'apporte cette forme de communion avec les éléments du ciel et de la terre.
Ziz (journaliste DNA)
Plasticienne formée à l'Ecole des Beaux-arts de Metz, Myriam Martel réalise des œuvres en lien étroit avec notre environnement. Elle travaille principalement sur des plaques d'acier qu'elle expose aux intempéries. L'artiste observe l'attaque de la rouille et la «dirige». Elle met en scène ce combat agresseur/agressé pour un résultat où l'aléatoire paraît tenir une place essentielle alors qu'il est parfaitement sous contrôle... Le spectateur peut y voir, peut-être stylisé, un paysage, une cité dans la brume... Ou juste un travail sur la matière et la forme.
Bernard Fruhinholzt (journaliste DNA)
On imagine la pluie ruisseler sur ces plaques... Et nous contemplons aujourd'hui les résultats de cette fluidité aléatoire que vous avez su capter. Des taches, des volutes, des coulures d'ocre et de feu, qui se détachent sur le gris glacé de l'acier, créant ici un paysage, là un végétal...
Un travail d'humilité et de patience, animé par la volonté de saisir l'essence même du temps qui passe, à travers le processus de l'oxydation.
C'est ainsi que vous avez recueilli les traces, les empreintes du temps qui s'écoule.
Votre travail compose avec le temps, les éléments, la nature et les saisons, tendant toujours vers une recherche d'harmonie et d'équilibre. Il me touche aussi parce qu'il est empreint d'une grande douceur, mêlée de pudeur et de finesse.
Stéphanie Favrel (directrice médiathèque de Thann)
"La sculptrice du temps"
Dans sa recherche artistique, pour Myriam Martel, le temps n'est pas perdu. Ses madeleines de Proust lui viennent de la pluie, comme l'odeur des champs après une averse.
On l'imagine dans son jardin, en ciré, apprivoisant la bruine, domestiquant l'ondée ou domptant l'orage. Ses supports sont des plaques d'acier, ses pinceaux des gouttes de pluie, ses couleurs la rouille, avec lesquels elle dessine le temps.
Pas le temps passé, ni le futur incertain, mais le temps de l'instant, recueilli avec patience, car ce n'est pas le temps qui passe trop vite, c'est nous...
Joris Kientzy (journaliste DNA)
"Poésie de la nature"
Quel que soit le médium utilisé, Myriam Martel cherche surtout à faire passer des émotions.
Diplômée de l'école des Beaux-Arts et Arts Appliqués de Metz, cette artiste professionnelle exprime son talent dans beaucoup de médiums : peinture, volumes, installations, photographies, performances, dessin, poésie.
Le travail sur l'oxydation représente une belle singularité dans son processus créateur.
En fonction de ses objectifs créatifs, l'exposition des aciers sera différente et suivant la température et l'hydrométrie les résultats variables. Chaque saison amène une qualité d'oxydation différente dans la couleur et l'épaisseur. L'artiste n'utilise pas d'acides pour crééer ses dessins, elle laisse faire l'eau de pluie, une oxydation plus douce et naturelle.
"Je guide le processus avant, pendant et après mais laisse une part de travail se faire naturellement, aucune création ne se ressemblera". Les réalisations offrent une incroyable diversité de tons, des oranges jusqu'au noir. Au-delà de la technique, Myriam Martel veut surtout faire passer des émotions. "Ces aciers exposés à la nature en reçoivent bien des effets, chaleur du soleil, souffle du vent, chant des oiseaux, fraîcheur de la pluie, empreintes animales et végétales, ect. J'invite le public à être réceptif à toute cette poésie de la nature", confie-t-elle.
A côté du travail sur l'acier, Myriam éprouve le besoin de s'exprimer en peinture. Elle apprécie la gestuelle, les couleurs, les odeurs, l'intimité de l'atelier. Son univers personnel se retrouve dans ses toiles.
A travers son oeuvre, Myriam Martel exprime un monde intime et personnel tout en émotions.
René Bernat (journaliste)